La diaspora chinoise du Cambodge

La diaspora chinoise du Cambodge

Histoire d’une identité recomposée

Master Recherche – Mention Sociétés et Politiques Comparées, Spécialité Asie

Sciences Po Paris – Septembre 2006

Comment analyser le déchaînement tardif mais violent à l’encontre des Chinois du Cambodge alors que c’était l’un des pays où la diaspora chinoise était la mieux assimilée ? Faut-il analyser le « problème chinois » au Cambodge sous un angle culturaliste du combat inéluctable entre une Asie jaune et une Asie brune, au sein duquel, le Cambodge a tenté de résister violemment ? Ou bien faut-il y voir une lutte des classes qui a abouti à une révolution communiste ? Comment expliquer la renaissance de cette communauté dans la période contemporaine alors que le drame de la période Khmère Rouge semblait hypothéquer tout espoir de réaménagement d’une communauté chinoise au Cambodge ? Enfin, sur la base de quel modèle identitaire, la communauté chinoise du Cambodge se construit-elle aujourd’hui ? Nous tenterons de décrire les stratégies développées par la diaspora chinoise du Cambodge pour survivre et s’adapter à son environnement, en fonction de ses différents « centres » d’implantation au cours du temps. Nous montrerons que la diaspora chinoise du Cambodge n’est pas un groupe homogène mais qu’il a existé plusieurs « communautés chinoises » aux profils sociologiques et aux pratiques socio-culturelles différents en fonction des vagues successives d’immigration. Dans une première partie, nous reviendrons sur les origines de l’implantation chinoise au Cambodge et ses évolutions jusqu’à la fin du Protectorat français en 1953, pour comprendre les facteurs qui ont conduit à une rupture dans le processus d’intégration silencieuse qui s’opérait jusque là. Nous mettrons en évidence la responsabilité de la politique coloniale française dans la formation d’une communauté chinoise autonome et puissante, ainsi que l’influence exercée par le mouvement nationaliste chinois dans la création d’une identité chinoise au sein de la diaspora du Cambodge. La seconde partie tentera d’expliquer l’émergence tardive d’un « problème chinois » au Cambodge dans la période post-Indépendance, alors que toute les communautés chinoises d’Asie du Sud-Est étaient victimes du nationalisme des jeunes Etats-nations et de l’hostilité à l’égard du nouvel Etat chinois communiste. Nous essayerons de comprendre pourquoi ce « problème chinois » éclata de manière paroxystique, emporté dans la tournante des guerres d’Indochine et la folie du régime Khmer Rouge, qui fera disparaître la moitié de la communauté chinoise dans le cadre de sa politique globale d’élimination des « ennemis de la révolution ». Nous verrons également que les Chinois continueront d’être la cible d’un autre régime communiste, celui de l’occupation vietnamienne, dont l’objectif était de construire le communisme au Cambodge en éradiquant le « capitalisme chinois ». Enfin, dans la dernière partie, nous nous attacherons à décrire le processus de re-sinisation au sein de la diaspora chinoise qui a pris le chemin de l’exil en France et aux Etats-Unis principalement, en regard avec la renaissance de la communauté chinoise au Cambodge dans la période contemporaine, encouragée par l’afflux de nouveaux migrants chinois, venus aussi bien de Chine continentale que de toute l’Asie du Sud-Est. Nous nous interrogerons sur l’impact de cette nouvelle vague d’immigration sur le développement du pays, souffrant du pillage de ses ressources, aussi bien par les élites que les entrepreneurs étrangers. Nous analyserons la stratégie de la Chine à l’égard de la communauté chinoise du Cambodge, qui constitue désormais la clé de voûte du système politico-économique cambodgien, en tant qu’intermédiaires incontournables.

 

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